Pour toujours

Le silence assourdissant autour de moi hurlait…
Baudelaire, modifié, arrangé, c’était mon quotidien. Pas d’élégance, pas de somptuosité. Un silence, lourd, profond. Sourd. Un silence de neige qui emprisonne les mots, les rendant brûlants de froid, qu’on n’ose y toucher, qu’on n’ose les entendre, et même les prononcer. Autour de moi. Dans moi. Dans ma gorge, dans mes larmes. Dans ma respiration. Dans mes gestes. Dans tout mon corps. Le silence de la mort, ou bien, la mort silencieuse, m’accompagnait partout, tout le temps. Comment pouvait-il en être autrement puisque la mort, je l’avais accueilli dans mon ventre, lorsqu’une fois l’aiguille retirée, le cœur de ma fille avait cessé de battre.

C’était à moi à présent de me débattre avec la mort, encore en moi… En plus de l’avoir accepté, en signant au bas d’une feuille d’hôpital, il fallait maintenant que j’en accouche, de cette enfant mort, encore chaude du sang que nous partagions, le cordon encore intact… A ce moment-là, la vie n’a pas fait que me quitter. Je l’avais chassé, sciemment, pour que la mort s’approprie ce petit corps mal formé et promis aux plus grandes souffrances. Et, après les discussions sans fin avec moi-même, il n’y avait plus rien. Un vide. Une pensée vide. Des mots creux. Un ventre vide. Un ventre vide dans lequel raisonnait encore l’écho des mouvements amples et plein de vie de ma fille. Un écho, un souvenir, une remembrance qui diminuait, puis se taisait, pour toujours. A jamais.

A qui parler ? Qui pourrait comprendre ? Qui voulait écouter ? Qui pourrait entendre ? La mort, on n’en parle pas. La mort, on l’évite, coûte que coûte. C’est le prix à payer pour profiter des vivants et rendre hommage à la vie. Ou alors, dans la mort, quand vient le moment des « au revoir », on rend hommage à la vie de celui ou de celle qu’on enterre. Les souvenirs, les voix, les habitudes… Comment rendre hommage à celle qui, même si, elle aussi, on l’enterre, n’a pas vraiment eu de vie ? Etait-ce une naissance ? Etait-ce une mort ? Etait-ce les deux ? Cela n’a pas de sens, c’est contre nature. C’est trop dérangeant… Alors, ce n’est rien. N’en parlons plus. N’en parlons pas. Pas de faire part de naissance, ni de mort, rien… Comme s’il ne s’était rien passé. Comme une erreur sur le chemin, qu’on aurait gommée. Le silence efface, étouffe, annule. Nul. Rien. Quels mots sont autorisés ? Quels mots ne le sont pas ? Alors, dans le doute, dans l’ignorance, silence… Celle qui a porté la mort et l’a mise au monde, celle-là, peut-on lui parler ? Elle est sans doute trop fragile, elle risque de s’écrouler. C’est gênant quelqu’un qui s’écroule…Peut-être que ce malheur là, cette souffrance, ne peut pas être partagée…Serait-ce contagieux ? Les mots dits, entendus, sont trop violents et racontent l’impensable, l’inimaginable, l’inacceptable. Stop ! C’en est trop !

C’est trop triste la naissance d’un enfant mort. C’est presque trop impudique d’en parler. Mais la pudeur, cette femme, qui est passée de mains en mains, qui a subi mille et un examens, la pudeur, elle n’en a plus. Dépossédée de son corps, il ne lui reste que les morceaux tout mélangés de son âme. Alors, cette femme, celle qui a mis au monde ce petit bout d’humain qui n’a pas eu le droit de vivre, cette femme-là, on l’évite. Pourtant, elle aurait tellement besoin de raconter, encore et encore, les étapes de cette grossesse pleine de promesses et d’espoirs transformés en cauchemar, ce moment où elle a su. Elle aurait même besoin d’hurler son désespoir et sa monstrueuse peine, elle aurait besoin qu’on lui fasse dire, cracher, vomir tous ses mots qui racontent ce morceau abominable de sa vie afin d’alléger son estomac, son cœur, sa tête, ses yeux, ses mains, son ventre… Elle voudrait lâcher tout ça pour se libérer de cet étau transparent qui comprime son cœur à jamais rempli de culpabilité et de questionnements. Elle aurait besoin d’un regard qui ne lâcherait pas le sien, qui le soutiendrait, même en entendant tous ces détails, plus durs les uns que les autres. 
Un regard droit, sincère, courageux, un regard qui serait le miroir de sa peine pour lui dire qu’elle n’est pas seule. Un regard clair, de ces regards qui encouragent à dire l’indicible, qui l’y autorise, parce qu’il faut bien les dire tous ses maux qui résonnent de partout, dans tout son être. Un regard qui dit « Je ne peux pas savoir ta peine, j’essaie de la comprendre. Ce que tu as vécu, ce n’est pas humain mais tu es forte et courageuse et tu es encore là tout comme moi, qui suis là pour toi… » Un regard qui promet de libérer la parole de la muette et qui lui donne l’espace bienveillant dont elle a besoin pour se libérer elle-même de cette peine trop grande pour ses épaules. Elle qui a tant donné, elle qui s’est oubliée, elle qui est encore debout malgré ses fragilités et ses douleurs. Elle qui est plus forte que tous les autres réunis qui, eux, ont peur qu’elle s’écroule si elle venait à raconter. Elle qui a pensé plusieurs fois à sa propre mort. Elle dont la vie n’a plus de saveur. Elle, qui tel un robot silencieux, reprend les mêmes gestes qu’avant, mais sans ce ventre rebondi qui faisait d’elle une mère, en plus d’être une femme. Elle qui ne sait plus vraiment qui elle est maintenant que la mort et le silence ont élu domicile en son sein, lourd d’un lait qui ne sera jamais bu, mais qui le tend ce sein au point qu’elle en ait mal… Comme pour lui rappeler, encore et toujours, que l’enfant qui devait le boire, n’est pas, n’est plus et ne sera jamais…

Qui pourrait entendre tout ça ? Qui serait capable de lui permettre de se délester de cette misère pour qu’enfin, il reste le joli. C’était son enfant. Au-delà du drame, il y avait un sexe. Un prénom. Une taille. Un poids. Un bracelet de naissance. Des vêtements de naissance, achetés quelques jours plus tôt. Il y avait quelqu’un. Parce qu’il n’a vécu que dans le ventre de sa mère, sa vie n’a-t-elle pas compté ? Cet enfant, pas tout-à-fait fini, elle l’a trouvé beau. Son nez d’abord, sa bouche ensuite. Ses doigts, petits et fins. La rondeur de ses joues. Ses cheveux. Et puis enfin, ses yeux, clos, à jamais. Pour toujours. Elle n’en connaitra jamais la couleur.

Ce qui apaise son cœur, c’est l’air serein de son enfant, de son bébé. Comme s’il dormait… Comme s’il n’avait pas souffert. Ca la rassure un peu. Mais qui peut entendre ces mots ? Qui voudrait bien partager avec elle un moment pour regarder les photos de ce bébé mort sans ressentir ni gène, ni mal-être, mais juste la tendresse et la douceur de ce petit corps nouveau-né et nouveau-mort à la fois… Elle, elle peut. Elle n’est ni faible, ni résignée. Qui sera assez fort pour l’accompagner sur ce chemin là ? La vie continue. « Silence la mort, nous on vit ! » La vie, ça fait du bruit. La mort, elle, est silencieuse…

Alors, si vous connaissez une femme qui a perdu l’enfant qu’elle attendait, parti sans même avoir eu le temps de vivre, ou alors rien qu’un peu, parlez-lui. Demandez-lui. Allégez ses souffrances. A coup de questions, brisez les murs de la bienséance, déchirez les fils invisibles qui scellent ses lèvres. N’ayez pas peur d’affronter le pire, car c’est elle qui l’aura affronté. Mais permettez-lui de vous le dire, de vous le raconter, parmi ses morceaux d’intimité brisée, permettez-vous de l’entendre. Elle, elle a eu à le vivre. Libérez ses mots, autorisez-la à parler, crier, hurler, chuchoter, pleurer, se taire et tomber … pour qu’elle puisse, enfin allégée de quelques tristesses, se relever.

Un peu. Un peu chaque jour. Laissez-lui le choix mais donnez-lui ce choix. Cassez les tabous et le silence dans lesquels notre société, au nom du respect à la Mort, nous cantonnent. N’ayez pas peur d’aller trop loin en posant des questions. Ce sont des portes qui s’ouvrent, pour qu’elle puisse enfin prendre une bouffée d’air et respirer. Soyez fort. Soyez sincère. Ne l’interrompez pas. Coupez juste la parole à ce maudit silence qui l’enferme dans une prison dont elle est à la fois gardienne et prisonnière. N’oubliez pas les dates qui réveillent sournoisement ce silence un peu apprivoisé, mais qui revient lors des occasions familiales. Redonnez une légitimité à cet enfant, accueilli et perdu le même jour. Osez. Parce qu’elle, elle ne peut peut-être plus… Et ainsi, permettez-lui de s’ouvrir un peu pour qu’enfin, ce silence, ce terrible silence, ne vienne pas refermer son nouvel élan de vie.

Maman Karine, Montpellier

26 commentaires sur “Pour toujours

  1. Magnifique texte… Triste bien entendu mais aussi sincère et plein de bienveillance à l’égard d’autres mamans comme vous qui ont vécu ce drame de ce bébé si attendu et qui ne sera finalement qu’un ange!
    En lisant votre texte je pense à mon amie ayant vécu cette épreuve si terrible. Nous avons parlé parlé des heures et jours durant! Il fallait faire sortir les questions, la culpabilité, la peine… Prononcer les mots si difficiles mais tellement nécessaires. Il fallait l’aider, la soutenir et pas juste en lui tenant la main. Il fallait dire que oui elle était partie et que ce n était la faute de personne.
    Chaque année nous avons une pensée, un petit mot, un post sur les réseaux sociaux pr son niversaire et pour sa fête! Parce que même si nous ne l avons jamais vu, ni prise dans nos bras elle fait partie de nos vies, d’une triste manière certes mais j aime à penser qu elle nous regarde de là haut et pour ça nous devons continuer de la faire vivre pr qu elle fête ses dates particulières avec ses amis les petits anges partis trop tôt! À toi ma jolie 🌹

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  2. Un texte bouleversant de justesse, de tristesse… Un texte mettant la lumière sur ce qui est si tabou dans notre Société… Un texte mettant en évidence la souffrance, le désespoir, le déchirement face cette mort injuste (si injuste…), si violente…quu’est celle de perdre son bébé….
    Je me retrouve dans chaque ligne même si l’histoire est différente et je vous remercie de poser des mots sur ce qui est si indescriptible…pour soi même d’une part et pour l’entourage.
    Et malgré les années qui passent, de beaux enfants… La maman que nous sommes de ce bébé restera à jamais… comme vous le dites si bien, beaucoup de choses nous ramène à ces instants.
    Je vous envoie plein de courage.
    Maman Emilie de Montpellier.

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  3. Bonjour maman Karine, votre texte je le trouve très juste, j ai vécu cela il y a 5 ans, et tout est encore vrai aujourd hui, comme si c était hier… merci pour vos mots ils représentent vraiment mon histoire aussi… c est très bien expliqué… merci car rien que de vous lire cela fait du bien de savoir que quelqu’ un sait l’exprimer comme cela… moi je n aurai pas su mettre tous ces maux en mots… je vous souhaite du courage et de continuer à faire de votre vie un bonheur malgrès le malheur que vous traversez… J aimerai vous serrez fort dans mes bras… merci beaucoup…

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  4. Juste merci. Merci d avoir mit de si beau mot sur ce drame horrible que j ai malheureusement moi aussi vécu. Comme bcp je me retrouve helas dans votre texte . Malgre le fait que la vie continue d autres enfants viennent égayer notre vie ce manque immense ne sera jamais combler.

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  5. Comme c’est bien écrit! Que de tristesse, de douleurs et en même temps de beauté et d’amour! C’est ce que j’avais ressenti et ressent encore régulièrement! J’ai eu la chance de pouvoir en parler et de pouvoir encore le faire. En pensée avec toutes ces mamans, papas frères et sœurs et familles.

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  6. Je ne sais pas par où commencer alors je vais te dire merci Karine d’avoir pu exprimer ce que tu ressens, en te lisant Jai eu les larmes aux yeux, je ressens exactement les memes emotions, la rage, l’injustice, la perte du gout a la vie et meme parfois l’idée de me dire que de partir pour rejoindre mon ange allegerait ma douleur car parfois cest tellement dure cest invivable, insupportable comme douleur. Les femmes qui ont vecu ca dans ma famille auparavant ou depuis la nuit des temps, ont eu ou avaient dautres enfants pour trouver le courage de se remettre sur pied. Mais quand il sagit de ta premiere grossesse, de tous tes reves de mere qui se volatilisent en 24 heures, tu te retrouve seule face a ce dechirement et malgré la volonté, le soutien de ton mari, de ta famille, personne ne peut rien faire pour ten sortir.
    Cela va faire 2 ans en juillet que jaurai perdu mon fils, je passe pas des phases ou rien ne me donne plaisir, ni manger, ni cuisiner, ni rien faire je menerve toute seule, les reunions de famille ou fetes me rende malades car cest un couteau dans le coeur. Et puis parfois je repense a la personne que jetais avant de devenir maman, javais confiance en moi, jetais aventurière, jaimais les challenges alors parfois jessaie de redevenir cette personne qui avait la joie de vivre. Chacun essaie de le faire comme elle peut, certaine ca sera la meditation, d’autres une soiree arrosés entre amis pour reprendre gout a la vie. Il faut que chacune trouve ce qui pourrait lui faire du bien pour remonter lentement la pente et sortir de ce trou où nous nous sommes enterrés avec nos bebes. Courage a toutes les mamans

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  7. Nous venons d’emprunter ce chemin avec notre petit garçon dans la nuit de vendredi à samedi. J’ai dû prendre de petites pauses afin de compléter ma lecture, car c’est la réalité et cela est triste.

    Tout est dit, bien dit et j’espère aura pour effet de libérer ce tabou et permettre aux familles de d’avo8r une écoute afin de poursuivre le deuil tout en étant soutenues et écoutées.

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  8. Votre texte me parle… Votre texte raisonne en moi… tout ces moments décrits, tout ces sentiments je l’ai connaît trop malheureusement… ce besoin de faire exister notre bébé malgres tout… ce besoin de crier ,de parle, de raconter mon histoire, Notre histoire et au finale tout garder en soit car les autres sont mal à l’aise, on tourné la page, ou tout simplement pas envie d entendre….
    Le 24 février… 6 ans cette année et tjr ce même chagrin cette même peine.. ce même crève coeur de devoir aller déposé des fleurs pour l’anniversaire de mon fiston Aaron …. au cimetière. ….

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  9. Je ne peux retenir mes larmes en vous lisant, mes larmes de douleur, de peine, de tristesse, de colère, mais surtout de peur….car cela ma replongée dans les pires heures que j’ai vécu dans ma vie….mots pour mots, phrase après phrase j’ai eu comme l’impression de l’écrire moi mème ce texte la….je pensait que j etais la seule au monde a avoir vécue ce que vous venez d’écrire….mais non…je ne suis pas la seule…chaque ligne de vôtre texte, chaque mot je le connais…chaque phrase écrite par vous j’en connaissait déja la fin….comme un goût de déja vu…déja vécu ….ceci est également mon histoire ….
    Une partie de nous s’en est aller avec nos anges…à jamais…
    Et puis de lire également les commentaires laissées par toutes les mamans qui ont vécu ce mème drame me mets du baume au coeur et me réchauffe complêtement le coeur…j’ai sentie une vague de chaleur et d’amour en vous lisant toutes…je ne pourrais vous éxpliquer le bien que cela ma fait de lire toutes ses lignes….de vous lire les mamans…les seuls personnes qui peuvent me comprendre…
    Merci pour ce magnifiqie texte Karine….merci a vous toutes…je vous en remercie infiniment….merci d’avoir mis des mots sur ce qu’on a au plus profond de nous mème….un vide…
    Je suis brisée à jamais…
    Ces maudits jours…
    30/11/ 2017- 01/12/2017 sont maudits a jamais…..
    ….mon âme s’en est aller avec elle….
    ….et elle s’est enterrée avec elle…le 05/12/2017
    …a toi ma fille…
    Ange-Isabella,
    maman t’aime jusq’aux étoiles…jusque ton étoile…

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  10. Merci à vous d’avoir témoigné suite à la publication de ce magnifique texte de Karine. J’étais très touchée par son recit tellement poignant mais je le suis d’autant plus en lisant tout vos témoignages. Vous avez vécu une douloureuse épreuve et vous avez trouvé la force de vous relever. Aujourd’hui vous vous reconnaissez dans les lignes écrites par Karine et vous en témoignez avec beaucoup de courage. Je suis heureuse que mon blog ait pu permettre à Karine et à vous les mamans de vous exprimer et parfois même de vous libérer un peu de ce poids qui pèse sur votre coeur.
    Ce blog est aussi le vôtre et sera toujours disponible pour chaque laman qui souhaite s’exprimer comme a pu le faire Karine.

    Je vous embrasse et pense bien fort à tous vos petits anges qui veillent sur vous 💛

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  11. Des mots tellement juste… rien à redire à part merci…merci d’avoir écrit ce que nous avons ressenti et ce que nous ressentons chaque moment de notre vie et pour toujours!
    J’ai eu la chance d’avoir cette amie qui soutient avant/ pendant/ après.
    Courage à toute!
    14/04/2009….😢

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  12. Quel texte émouvant.
    Je ne suis que la grand mère d’un petit ange que je ne connaitrais pas, et je comprends toute cette douleur qui est aussi celle de ma fille.
    Une pensée émue à toutes ces « mamans courage »

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  13. Merci petitescrapules d avoir publié le texte de karine, lorsque l on passe par là on se sent tellement seule et incomprise, notre entourage est souvent maladroit et ne comprends pas notre désarrois, alors on préfère se taire et faire semblant même si notre douleur est extrême merci également à vous toutes mamanges qui ne comprenez que si bien, car on n oubli jamais et nous devons faire avec cette partie de nous brisé à jamais cette douleur qu on essaie d apprivoiser je vous embrasse très fort vous les mamanges et vos petits amours qui sont partis trop vite et toi ma jolie petite Noëlie chérie .

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    1. que cette lettre est belle les larmes me sont venues aux yeux lors de la lecture ma fille a subi ce traumatisme en 2017 sa peine est immense son corps est meurtri si elle lit mon message je voudrais qu’elle sache que je l’aime très fort et que je pense très souvent à elle son petit ange est parti mais il reste en nos coeurs

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  14. Merci … merci … juste merci… d avoir utiliser les mots juste pour exprimer nos histoires… de se sentir moins seule dans cette épreuve qui nous marque à tout jamais.

    Chaque histoire est différente et semblable à la fois… le fait de pouvoir se retrouver dans cette semblabilité fait un bien fou… JE NE SUIS PAS TOUTE SEULE

    Mon fils mort tout seul à l intérieur de moi à côté de sa sœur …qui elle ne pouvait rien faire pour lui… ce moment où le médecin t annonce cette mort .. où le médecin lit sur ton visage « je ne vous apprends rien madame, vous le saviez » et oui j’avais ce pressentiment.. je me vois encore assise dans cette salle d attente toute seule … avec cette sensation « cette journée ne sera pas bonne » …Me dire à moi même « mais arrête un peu tu vas avoir deux beaux enfants … avec leur grande sœur ils nous en ferons voir de toutes les couleurs »

    Puis cette annonce tombe … tu es face à cet écran géant où tu viens de voir ton fils sans vie pour la dernière fois… seule avec le médecin… tiraillée par la tristesse … la pudeur face à cet inconnu…

    Il faut continuer… tu ne peux rester là dans son cabinet… tu vois sur son visage … lui médecin … qu’il ne sait pas gérer la peine terrible de cette annonce

    Tu monte en voiture seule … tu dois maintenant prendre le téléphone pour partager cette annonce à la deuxième personne concernée directement par ce drame… qui attends ton appel pour lui raconter comment vont nos enfants

    Ce moment est dur … être la voix de cette annonce de la mort de ton enfant auprès de ton équipier dans cette belle aventure de devenir parents. Mais il n’est qu’un moment dur de plus à toute cette histoire.

    Et là tout s accélére … organiser la prise en charge de ma fille aînée….direction l’ hôpital … l équipe médicale qui t annonce que tu accoucheras normalement mais qu’il faut s approcher au plus près des 8 mois de grossesse… accepter de vivre avec la mort en soi qui se trouve être à côté de mon deuxième bébé pleins de vie pendant un mois environ…

    A ce moment-là je sais que je ne laisserai pas mes enfants dans cette situation…

    Le premier jour dans ma chambre d hôpital… je voyais mon ventre se déformer… comme si ma fille pousser son frère ou quelle voulait s éloigner de lui…

    Une sage femme me conseille de lui parler et de lui expliquer ce qu’il se passe … chose que je fais… j’explique à mon bébé que son frère est mort mais qu’elle va bien… que cela va vite s arranger… elle s est presque automatiquement arrêtée… j’aime à croire qu’elle avait compris et qu’elle avait été rassurée à partir de cet instant.

    La maman que je suis, décide de ne pas laisser un mois de plus mes enfants ainsi… je me mets à marcher et marcher en espérant que mon fils aidera sa sœur à sortir au plus vite de cette univers … 3 jours aura suffit pour que la première contraction se prononce… puis 1 jours pour arriver à l’instant où notre vie change à jamais … là nature est bien faite … l équipe médicale pensait de leur côté que j’allais rentrer chez moi pour attendre et bien ils se sont trompés… nous les mamans ont sait ce qui est bon pour nos enfants … ne jamais mettre en doute cet instinct naturel …

    Arrive CE moment qui nous marque à jamais… mettre au monde la mort puis la vie a 30 minutes d intervalles… ne pas pouvoir dire adieu à Son Enfant car l’équipe médicale nous le déconseille… mon fils était mort depuis 14 jours…

    Alors on reste debout … interdiction de tomber … a présent on s’occupe de son enfant et l’accompagne dans son combat a elle de bébé prématuré : continuer à vivre et à grandir pour devenir une petite fille pleine vie de 4,5 ans aujourd’hui.. qui prends cette histoire avec légèreté et une acceptation qui me soulage… malgré la connaissance de son histoire elle garde cette joie de vivre dans ses yeux … ce sourire de l’enfance insouciante… mon souhait pour elle, qu’elle continue à grandir ainsi sans que la mort de son frère la hante

    Le retour chez soi… on quitte l univers « protecteur du service néonatal »…. on rentre chez soi après un mois avec son bébé qui a bien grandi … On se retrouve seule … grande sœur à l’école … papa au travail… on doit se battre contre …cette ignoble culpabilité.. ces questions incessantes… POURQUOI … QU EST CE QUE J AI FAIT ou PAS FAIT …

    Quand mon bébé me sourit… son frère aurait t il fait pareil ?? … ce besoin systémique de se demander est ce qu’il aurait fait pareil ou comment il aurait été lui ?

    Mon combat ne cessera jamais… mais il est moins dure chaque jour qui passe..

    Alors OUI mamans … vous avez le droit d exprimer vos souffrances… parler a autant de personnes que vous le voulez si vous le pouvez … vous êtes des héroïnes car continuez à vivre après ça c’est une preuve de courage et de force inqualifiable.

    Aujourd’hui je suis fière de la maman que je suis. Fière de mes deux princesses qui ont su se nourrir de cette force pour grandir et avancer dans leur vie d enfants… elles aussi le sont forte.

    Ma grande princesse qui a l époque du haut de ses 3 ans et demi a su entendre cette nouvelle de la mort son petit frère. Elle a dû elle aussi faire face à sa culpabilité d’enfant ! Je suis fière d’elle …

    Encore Merci Karine pour ce texte …il est empli de vérité …de sentiments… juste un seul mot MERCI

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  15. Merci Karine d’avoir mis les mots sur nos maux.
    Je suis aussi mamange depuis octobre 2017 et je me reconnais à travers votre texte.
    Olivia est née à 5 jours du terme à cause d’une négligence médicale d’une pré eclampsie 😦
    Douce pensée à nos Anges

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  16. Merci Karine pour ces lignes sensibles qui allègent un peu le fardeau ;-)…
    Je ne suis que la grand-mère d’un super petit bébé de 6 mois, plein de vie pourtant durant qq jours, mais parti trop tôt car encore trop fragile pour ce monde! J’ai toujours une immense réserve (parfois trop?!…) à évoquer tous ces sentiments avec ma fille, de peur de raviver une douleur…mais les craintes sont finalement pas forcément bien fondées… La parole libre, juste et bienveillante est parfois libératrice par l’espace de vie et de mémoire qu’elle créé autour de ces instants de vie…que la maman puisse y revenir avec des mots aimants et chaleureux permet aussi d’accompagner le processus du deuil et de conserver vibrant et intact, même « patiné » par le temps, ce fragment de son histoire intime !
    Merci d’avoir partagé ces lignes qui font tant écho à de nombreuses mamans!

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